mardi 14 février 2012

Thrène à la mémoire des victimes d'Hiroshima (1959)


Krzysztof PENDERECKI est un compositeur né en Pologne en 1933.
Thrène : dans la Grèce Antique, c'est un chant de deuil en l'honneur d'un mort illustre

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 Penderecki évoque et dénonce le largage par les Américains de la première bombe atomique sur Hiroshima (Japon) le 6 août 1945, qui fera plus de 70 000 victimes.
A l’origine, cette œuvre s’appelait 8’37 (la durée de l’attaque sur Hiroshima le 6/8/1945). Penderecki la renomma Thrène pour les victimes d’Hiroshima pour une meilleure compréhension du public.

1. La formation instrumentale :

c'est un ensemble de 52 instruments à cordes :
 - 24 violons
 - 10 altos
 - 10 violoncelles
 - 8 contrebasses


2. Thématique :

Il n'y a aucun thème (ou mélodie) perceptible.
On ne parle pas de mélodie mais de structures linéaires.

3. Temps :

Il n'y a aucune pulsation, on appelle cela un temps lisse

4. Timbre :

On entend une très grande richesse de timbres. Penderecki exploite les instruments jusqu'à leur extrême limite.
Le son est primordial, avant la mélodie ou la structure. Les sensations auditives inédites sont recherchées.

5. Hauteurs :

Penderecki utilise les 12 notes de la gamme chromatique (touches noires et blanches du piano), plus les quarts de tons (ex : le son entre do et do dièse).
Il utilise ces hauteurs intermédiaires dans les glissendi. (on parle de glissendi microtonaux)
Il crée ainsi un espace sonore très vaste, car lorsque l'on fait un glissendi sur un violon, on parcourt une quantité infinie de notes.
"Glissando" est un terme musical d'origine Italienne qui désigne soit un glissement continu d'une note à une autre (ex : au trombone), soit le passage d'une note à une autre par un groupe de notes intermédiaires (ex : au piano)

6. Les nuances :

Il utilise des oppositions brutales de nuances, avec les crescendo < , et les decrescendo >

7. La partition :

Le temps est indiqué en secondes. On peut voir des éléments de notation traditionnelle, mais aussi des dessins et symboles choisis par le compositeur

8. Les structures verticales :

On ne parle pas d'harmonie, mais de structures verticales. Cela se traduit musicalement par le cluster.
Le cluster, c'est une "grappe de sons" très proches les uns des autres.

9. Écoute de l’œuvre :

Cette œuvre peut se découper en trois parties distinctes :

Séquence 1 : 0'00 à 1'23 : Les instruments sont répartis en dix groupes.
-Leurs entrées sont décalées, et sur la note la plus aigüe possible.
-Chaque musicien joue une note tenue différente, cela crée des dissonances.
-Les nuances sont fortissimo (ff), les sons entendus sont stridents et agressifs
(= cris, hurlements des victimes?)
-0'20 : la tenue des note se transforme peu à peu en oscillation
-1'15 : nuances pianissimo (ppp) subito (soudainement)
(= les hurlements se transforment en plaintes?)

Séquence 2 : 1'23 à 2'16 : Accélération rythmique et ajout de modes de jeux spéciaux, percussifs, qui s'étendent progressivement à tous les instruments. Ex :
-Pizzicato (en pinçant la corde avec les doigts)
-En jouant entre le cordier et le chevalet
-En frappant sur la table de l'instrument
-Con legno : En frappant les cordes avec le bois de l'archet
-Effets de crépitements et de stridence (= affolement, panique?)

Séquence 3 : 2'17 à 4'11 : Cluster (superposition aléatoire de sons, dont l'épaisseur est variable)
-Glissendo (glissement sur la corde)
-Variations de nuances : crescendo (de plus en plus fort <) et decrescendo (de moins en moins fort >)
-9 effets de sirène que l'on peut schématiser en trois figures.
             




9. Compléments historiques :


 Les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki ont eu lieu les 6 et 9 août 1945 à l'initiative des États-Unis. La cessation des hostilités fut effective 6 jours après. La Seconde Guerre mondiale se conclut officiellement moins d'un mois plus tard par la signature de l'acte de capitulation du Japon le 2 septembre 1945. Ce sont les seuls bombardements nucléaires ayant eu lieu en temps de guerre.
Concernant le nombre de victimes, seules des estimations sont disponibles. 70 000 personnes pour Hiroshima et de 40 000 personnes pour Nagasaki, tuées par l'explosion, la
chaleur, et l'incendie consécutif.
Les survivants des explosions, les hibakusha, sont devenus le symbole d'une lutte contre la guerre et les armes atomiques à travers le monde.



                                                                La bombe A "little boy"



                                 Le bombardier B29 "enola gay" (du nom de la mère du pilote)




                                                   Le champignon atomique sur Hiroshima




                                                             Hiroshima après la bombe




10. Procédés musicaux/ évocations, sentiments (récapitulatif)


Procédés musicaux
Evocations, sentiments
Registre suraigu, sons stridents
Nuance ff, attaques des sons agressives
Dissonances (sons « désagréables ») tenues
Hurlements, angoisse
Modes de jeu spéciaux : effets de percussion en
frappant sur la table de l’instrument.
Jeu col legno : on frotte ou on frappe les cordes
avec le bois de l’archet.
Accélérations rythmiques qui gagnent tous les
groupes.
Désordre, chaos
glissando (glissement sur les cordes) et cluster
(bloc de notes agglomérées comprenant toutes les hauteurs de
notes entre 2 limites)
Gémissements, plaintes
Effets de crescendo et decrescendo
Vrombissements dans le grave des violoncelles et contrebasses.
Enfin, SILENCE.
Horreur, souffrance, avions, le néant, la mort
















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